Petit compte rendu de ma dernière visite du 23 juillet.
Retour sur le site où j'étais allé le 7 Juillet et où je n'avais pas vu de maman avec pullus, mais cette étonnante rencontre avec 2 spécimens l'un sur l'autre, dont 1 fraîchement mué.
Maintenant, je sais que les naissances ont commencé, du moins sur l'autre site, voyons-donc ce qu'il en est ici.
Pour vous planter le décors, je vous met une photo de la zone où je viens de soulever ma première pierre, ce qui donne aussi une idée du biotope:

Biotope du Buthus occitanus de Provence

La pierre soulevée est celle au premier plan en bas le l'image, déposée délicatement (éviter les vibrations) en mémorisant sa position originale. Ne vous fiez pas aux herbes vertes trompeuses, on est bien en terrain sec et rocailleux, sol sableux et à découvert.
Le gros trou au centre ne me laisse peu de doute: c'est bien un terrier de Buthus Occitanus, plutôt spacieux et profond, signe positif pour l'éventuelle présence d'un spécimen adulte. D'ailleurs, le volume de la pierre est bien souvent proportionnel à la taille du scorpion qui se cache dessous, c'est pour cela que j'ai soulevé une grosse pierre ici.
Vous cherchez un juvénile ? Soulevez plutôt une pierre de taille modeste (ex. 20cm de long). On trouve aussi des juvéniles parfois sous de grosses pierres, mais je n'ai jamais observé de spécimens adultes sous des pierres de taille modeste. C'est en général assez proportionnel.

Bon, je m'approche un peu pour voir si cette niche est habitée, et ... bingo ! Je suis accueilli par une belle paire de pince !

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Un coup les pinces sont brandies à droite, un coup à gauche, gare à celui qui veut passer la porte !
Cet accueil aussi ne me laisse que peu doute sur l'occupant: probablement une maman avec ces petits, avec un tel comportement sérieusement défensif...
Regardons d'un peu plus prés encore, et voilà la petite famille !

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Et y'en a de la marmaille !
Contrairement à ma précédente visite sur un autre site (21 Juillet) où tous les pullus étaient encore regroupés sur le dos de la maman, cette fois-ci les pullus sont soit sur le dos, soit accrochés à l'envers sur le plafond du terrier. C'est déjà le temps de l'émancipation...
On peut aussi apercevoir sur le dos de la maman un tissu bien blanc: ce qui reste de la première mue des bébés.


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Hé ! le photographe ! t'approche pas plus, sinon... COUIC ! Vu ?
Évidemment, je suppose que je dérange un peu l'intimité de la petite famille, alors il y a un peu d'animation dans le terrier !
Les bébés se bousculent gentiment, glissent, s'approche un peu sur le perron pour se montrer, voir cette nouvelle lumière qu'ils ne connaissent pas encore, et remontent vite sur le dos de maman, puis s'agrippent au plafond, en faisant parfois glisser leurs frères et sœurs...
La maman, elle, doit s'occuper à la fois de toute cette marmaille indisciplinée, et aussi de tenir à distance ce photographe étrange, des fois que ça lui viendrait à l'idée de lui piquer un bébé !


Donc, quand elle ne joue pas les gros bras avec moi, elle aide ses petits à regrimper sur son dos avec une technique impressionnante de précision, d'efficacité, et tout simplement extraordinaire à observer. Elle s'arrange pour orienter un pédipalpe ou l'une de ses pattes de façon à ce qu’ils puissent plus facilement et rapidement grimper sur son dos ! Tout en finesse !
Et en un clin d’œil, hop ! le pullus est de nouveau sur le dos de maman, puis du dos il passe au plafond de la niche.
De ce que j'observe, à ce début de stade 2, il ne s'agit plus pour eux de rester sur le dos de la mère (bien qu'elle les tolère et n'essaye pas de les déloger), mais bien de rester accroché au plafond ! Par contre, ce qu'elle ne tolère pas, c'est qu'un de ses bébés reste au sol trop longtemps. D'où ce le petit manège étonnant pour les aider à se hisser sur elle.


Étonnant aussi cette impression qu'elle donne d'avoir une conscience très précise de la position de chacun de ses petits (même hors de sa vue, derrière elle) qui ne serait "pas à sa place"...
Bel instinct maternel, c'est émouvant à voir.


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Ils sont pas beaux ses petiots ? (merci de ne pas se moquer de la "moumoute" de maman, j'ai voulu blaguer à propos de sa "choucroute" sur la tête, mais ce n'était apparemment pas le bon moment pour faire de l'humour, m'a-t-elle fait comprendre... Nan mais quand même, sérieux, les cheveux, ça ne lui va du tout !)

Notez au passage les marques bleutées sur les parties les plus saillantes du pourtour du dernier segment de son métasoma. Je pense (supposition) qu'il s'agit de traces d'usures (nécroses) de la cuticule par frottements (abrasion) sur de la pierre, peut-être dû à d'intenses travaux d'excavation pour réaliser ce spacieux et profond terrier, qui est aussi encombré de cailloux. Cette couleur bleu (on le voit bien aussi sur d'autres photos non publiées) m'étonne un peu, mais peut-être qu'il s'agit de nécroses récentes. En observant bien la 3ème photo de mon post précédent, on remarque aussi ces marques, mais de couleur plutôt noire.

Je pourrais rester des heures à observer ce cadeau de la nature, mais je m'oblige à abréger cette intrusion, et je repose la pierre avec beaucoup d'attention, pour essayer de déranger le moins possible.
En redescendant de la colline, des belles images plein la tête, des chants de cigales plein les oreilles, je pense à ces beaux scorpions, qui peut-être sont juste là, sous chacune de ses pierres que je vois au bord du chemin... C'est drôle pourtant, comme tout paraît désert, encore écrasé sous la chaleur de l'été.
Au dernier virage du sentier, je remarque une belle pierre bien plate et bien exposé, et ma curiosité n'y résiste pas ! Je me dis "Elle est habitée celle-là, c'est sûr !". Et voilà ce que j'y ai trouvé:

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Encore un beau spectacle !
Exactement au même stade, les pullus là aussi sont collé au plafond !
Notez au passage le dernier segment du métasoma de la maman, ici parfaitement intacte, sans une égratignure. Etonnant.

Allez, cette fois je laisse tout ce beau petit monde tranquille, je reviendrais peut-être à la fin de l'été, voir si ces bébés ont bien mué !